jeudi 17 décembre 2015

jusqu'à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient - textes du matin jusqu'au soir pour ce jeudi 17...

Jeudi 17 Décembre 2015


 La journée d’affilée, sans répit. Ces deux fois deux heures d’enseignement, la première dans une ambiance que je sens de sympathie sinon de capacité intellectuelle : c’est la formation artistique à laquelle je suis le seul enseignant à apporter une substance littéraire et de regard sur la vie contemporaine. La seconde éprouvante, la propension au rire diffus sans motif dicible et le suivi constant de jeux ou de messages d’écran, le cours n’étant qu’une des occupations mentales de ces personnages que je ne peux qualifier ni nommer que selon leur patronymes mais nullement selon un statut quelconque d’élève, d’étudiant… point commun, une part de l’école d’aujourd’hui qui contrairement à ce que « dégoise » sur France-Infos. un philosophe dont le nom m’échappe,n’est pas du tout le massacre de toute envie et de toute curiosité dans la jeune génération : elle est au contraire la dernière chance d’amener à la lecture, au regard sur l’actualité et à l’appropriation de quelques legs mentaux des jeunes pas inintéressants mais imperméables totalement à des contenus, dont ils ne savent pas même faire le constat d’inutilité ou d’obsolescence. La critique longtemps explicite de siècle en siècle n’est plus faite aujourd’hui – dans ce segment avec lequel je suis aux prises depuis trois mois, et dont je ne sais s’il constitue une exception relative ou un bon exemple pour l’une de nos strates sociales actuelle – n’est plus passivité et complet retrait. C’est aussi fascinant (et débilitant) que le cotoiement d’un auto-didacte : puits de science et fatras, autiste par inaptitude aux structures, aux chronologies, aux hiérarchies et aussi à la relativité, une récitation permanente sans écoute, de solutions pour tout. Et pourtant, dans ces rencontres plusieurs fois par semaine ou dans cette fratrie par alliance, des interstices : il y a de l’intelligence, il y a de l’amour, il y a certainement un chemin, une jonction, je ne les trouve pas encore. Je chemine sur une ligne de crête, celle du préjugé favorable à maintenir. Et avec tous, ainsi avec notre fille, ma femme, autrui en général, me mettre à la place de l’autre. Alors presque tout change.
« Mise en bière » ce soir de notre cher vieux « gros Sacha ». D’abord les jours et nuits d’assèchement, peut-être vingt-quatre heures pour que le froid ou la simple température ambiante s’installe à jamais, puis vient la rigidité, vient ensuite l’odeur et ce soir, c’est une chair gonflée et détruite qui ‘est laissé manipuler une dernière fois. La religion chrétienne n’est ni une philosophie ni des déductions de vieux textes. Elle est de la plus grande audace et dans le détail : la résurrection des morts n’est pas une vie autre ou une transposition, elle est la résurrection de la chair, l’éternité du vivant dans ce qu’à sa naissance il avait de plus précaire et à quoi il retourne un moment. Oui, je crois… c’est du même ordre que la « présence réelle ». On ne reçoit pas – dans l’Eucharistie – Jésus dans son cœur : abstraction… on mange Sa chair et l’on boit Son sang. Comme je voudrais que fidèles et célébrant, après la messe, au lieu des bavardages ou des fuites depuis le seuil du monument qu’on appelle aussi église, s’agenouillent et demeurent, digèrent au sens propre.
Maintenant, les vacances. Me mettre tranquillement et dans la foi à tenter cette ordalie avec tout ce que je dois commettre en écrits et démarches. Nous sommes en France et dans l’Europe actuelle au comble de l’imprévisible, et aux prises avec les plus mauvais démons. Prier donc… providence et/ou chance, que Luc ait existé, sans lui ni les « évangiles de l’enfance » ni les débuts historiques de l’entreprise. La généalogie du Christ, l’établir et la rappeler est un rite. Par adoption, Jésus porte le nom d’un adultère. Matthieu [1]apporte moins que la Genèse, le sens vient de celle-ci : une généalogie de l’attente et non de l’héritage, une hérédité par anticipation, c’est l’humanité entière qui de génération s’imprègne de son salut et y participe. Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront. … En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre.
La lune haute mais incomplète, des nuages de brume et d’humidité, le silence totale, les deux rumeurs : la comtoise, la télévision lointaine. Et bientôt le souffle de ma chère femme. Sommeil de celles/ceux que j’ai aimés, vies des mes ascendants, inconnue de mes descendants, communion avec qui m’accueille, prière pour celles/ceux qui me refusent.


[1] - Genèse XLIX 1 à 10 passim ; psaume LXXII ; évangile selon saint Matthieu I 1 à 17

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